21.05.2008
Roubaix: Un homme tué par une bande de racailles
FAITS DIVERS - Bagarre mortelle à Roubaix : un père de famille tué, un ado en garde à vue
Lundi soir, Jacky Ciesielski, 55 ans, décide de parler à quelques jeunes qui embêtent le monde. À 21h15, après avoir été tabassé, il s'écroule en bas de chez lui. Un jeune de 16 ans est en garde à vue.
C'est une explication qui aurait pu se solder par quelques coups et des noms d'oiseaux. Mais lundi soir, un habitant du quartier du Carihem, à proximité du centre commercial Auchan Leers, est mort d'un arrêt cardiaque. Il avait été violemment frappé à la tête. Hier à l'hôpital, les amis proches qui lui ont rendu une dernière visite décrivaient un visage tuméfié. « Il était méconnaissable », dit son collègue.
Que s'est-il passé pour que ce tranquille habitant du Carihem trouve la mort? D'après les premiers témoignages, les relations s'étaient dégradées entre quelques jeunes du quartier et Jacky Ciesielski. Samedi soir, un extincteur avait été vidé dans le hall. Depuis quelques semaines, des cailloux étaient parfois jetés sur sa voiture. Des jeunes se permettaient de s'asseoir sur les véhicules garés en bas des immeubles. Des petites choses qui, prises séparément, ne vont pas bien loin, si ce n'est qu'elles transpirent l'ennui et la bêtise. Des petites choses qui mises bout à bout finissent par user les nerfs. « Lundi en début d'après-midi quand mon mari est reparti à la communauté urbaine, le jeune de 16 ans qui mène le mouvement dans le quartier l'a insulté. Jacky est revenu en marche arrière et lui a parlé. Il y a même une voisine qui a dit au jeune de laisser mon mari tranquille, qu'il allait travailler ».
Lundi soir, Jacky rentre à son domicile. «Quand il a appris que le fils de la voisine s'était fait voler son scooter, ça a été la goutte d'eau », explique sa femme.
Son épouse violemment prise à partie
Elle-même a une explication plutôt tendue avec les jeunes qui se sont attroupés en bas de chez elle. Son mari la rejoint. Il est 21h. « Tout s'est passé très vite, on s'est retrouvé avec un attroupement, ils étaient nombreux, peut-être une cinquantaine. Mon mari a reçu un coup au visage, quand je me suis retournée, il était par terre...», raconte-t-elle.
Les doigts bleus d'avoir été frappée, bouleversée par l'émotion, elle réalise qu'en quelques secondes, leur vie a basculé. Une vie de famille tranquille avec sa fille qui vit dans le même quartier et des collègues à deux pas (le service assainissement de LMCU est à quelques centaines de mètres) avec qui il avait de bonnes relations.
« C'était un gars bien, rendant service, qui aimait que le boulot soit bien fait. Il avait bossé dans les égouts, c'était un vieux de la vieille comme on dit, il m'a appris beaucoup de choses, témoigne M, Dhondt, son collègue. Avec lui, il militait depuis un an au sein de l'association Droit au Logement.
« Il aimait bien s'occuper des autres, il ne se laissait pas faire. Quel drame...». À la communauté urbaine, l'émotion était forte. «C'était mon coéquipier, c'est lui qui m'a formé, on était encore ensemble hier après-midi, et là on réalise que ces histoires, ça n'arrive pas qu'aux autres... Il faut vraiment dénoncer ce qui se passe. Ça fait des semaines qu'il était embêté», dit encore M. Dhondt.
Un premier arrêt cardiaque sur place
Les secours sont arrivés sur place et ont ranimé Jacky, qui avait fait un arrêt du cour. Grâce au massage cardiaque effectué par les pompiers et aux soins prodigués par le SAMU, l'activité cardiaque a repris. Mais une fois arrivé aux urgences de l'hôpital Victor Provo, il était en état de mort cérébrale. Hier, toute la famille et ses amis étaient sous le choc en apprenant son décès.
Le jeune homme de 16 ans a été interpellé par une patrouille de la Brigade Anti-Criminalité tout de suite après les faits, à 21h30. Il a été placé en garde à vue au commissariat central de Roubaix. Le corps du défunt a été transporté au centre médico-légal pour que soit pratiquée une autopsie.
Delphine Tonnerre
Sur les circonstances et les causes de la bagarre.
L'enquête, les PV d'auditions, notamment celle de la garde à vue du principal suspect, les rapports d'autopsie. tous ces éléments n'ont pour l'heure que partiellement livré leurs enseignements. Voilà ce que les premiers témoignages et informations de la police peuvent nous dire.
Ce que l'on sait est que le couple Ciesielski était des plus appréciés dans la rue du Carihem. Et même, à force de dépannages de plomberie ou de coups de mains en peintures dans les halls du bloc, Jacky Ciesielski remplissait presque les missions de gardien d'immeuble.
A-t-il payé le fait de se sentir les épaules d'un médiateur de quartier ? Triste idée. Toujours est-il qu'il semble avoir voulu ce lundi rappeler à quelques jeunes de la rue du Carihem, et surtout un, en l'occurrence un certain Steven*, les règles de la vie en société. Extincteurs vidés, insultes, menaces, non respect des biens d'autrui, ce quartier du Carihem sans être un secteur à problèmes connaît les mêmes tracas et incivilités que de nombreuses autres zones urbaines de la métropole lilloise. Jacky Ciesielski a peut-être parlé pour tout le monde.
Ce lundi, alors qu'il est rentré de la Communauté urbaine où il travaille comme agent de maîtrise, il apprend que le copain de la voisine s'est fait tiré son scooter. Le nom, peut-être à tort d'ailleurs, d'un certain Steven est évoqué. Patricia, qui dit s'être fait insulter à plusieurs reprises par cet ado de 16 ans, veut s'expliquer. Elle trouve le gamin et échange avec lui des propos musclés. Jacky n'est pas loin. La mère de famille en vient à gifler le Steven. Qui évidemment le prend mal : « même ma propre mère elle a pas le droit de me taper » aurait-il lancé selon Patricia avant de répondre par les mains.
Plusieurs coups, plusieurs agresseurs ?
Jacky entre alors dans la rixe et reçoit, alors que son épouse est mise à terre, un violent coup au visage. Selon nos informations, le jeune Steven aurait reconnu aux policiers avoir porté un coup en pleine face. Mais par derrière, il semble qu'un individu encore non identifié ait à son tour frappé Jacky et finit de l'envoyer au sol. Peut-être le coup fatal qui provoquera l'arrêt cardiaque. C'est du moins ce que rapportent l'entourage de Patricia Ciesielski dont son avocat, Me Dandoys, ainsi que des témoins de la scène habitant les blocs voisins.
Reste à vérifier cette version et à trouver, s'il existe, l'agresseur mystère. Placé en garde à vue, l'ado en sait peut-être plus. « Ils étaient assez nombreux, tout un attroupement quoi, on voyait qu'il y avait une bagarre », rapporte une jeune fille de la rue du Carihem.
Une vingtaine de personnes dirait-elle à la louche. Et au milieu, les Ciesielski ?
La plupart des jeunes interrogés dans le quartier où régnait ce soir une ambiance plutôt calme se montrent en général solidaires de Steven, même ceux qui semblent ne pas le connaître du tout. Quant au scooter présumé volé, nul n'en a entendu parler.
Raphaël Tassart (avec D.Tonnerre)
* Prénom d'emprunt
Source: http://www.nordeclair.fr/nordeclair/roubaix_bagarre_mort_pere_de_famille_jeune_rixe_mortelle_carihem_jacky_ciesielski.phtml
19:59 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : meurtre, racailles, violence, etrangers, roubaix


